vendredi 11 novembre 2011

Censure

Pour le cours d'initiation au Français "Bonjour France", nous sommes en train de préparer un après-midi cinéma et spectacle CinéFI ("Cinéma France Incheon") qui aura lieu le samedi 3 décembre.


Nous avons choisi la chanson Pinocchio de Danielle Vidal pour les enfants :


Et pour le club des mamans, le professeur a choisi la chanson "sympathique" de Pink Martini :


Si on prête attention aux paroles, la chanteuse clame "je veux seulement l'oublier, et puis je fume..."
Mais pour être conforme aux codes sociaux coréens (ben ouais, une femme coréenne "respectable" ne fume pas!), à l'Alliance Française d'Incheon, la chanson est devenue "je veux seulement l'oublier, et puis je chante".

J'ai donc été profondément choquée d'apprendre cela hier, et quand j'ai rétorqué en rigolant bien sûr qu'ils avaient censurer la chanson, l'interlocuteur en question (qui a le niveau C1) a fait mine de ne pas comprendre le mot "censure"... déplorable je vous dis !

mardi 1 novembre 2011

Dictature politique vs Dictature sociale

La Corée du Nord est un sujet très sensible en Corée du Sud. Osez aborder le sujet, et attendez-vous à ce qu'une atmosphère de plomb s'abatte sur vous et votre interlocuteur ! 
Pourtant en 1998, l'élection du Président de gauche KIM Dae-jung et sa politique du "rayon de soleil" avait fait renaître l'espoir d'une Corée unifiée. En effet, les échanges économiques et touristiques s'étaient alors multipliés entre les 2 Corées, le but étant de réintégrer petit à petit la Corée du Nord dans la politique internationale. La Corée du Sud était alors le deuxième partenaire commercial de la Corée du Nord derrière la Chine (notamment grâce à la construction d'un complexe touristique au Mont Kumgang, d'une zone industrielle à Kaesong et de l'établissement d'une liaison ferroviaire intercoréenne). 

Malheureusement, après l'élection du conservateur protestant  LEE Myung-bak en 2008, et dans une volonté de réaffirmer l'alliance avec les États-Unis, ces échanges pacifistes ont cessé brutalement. Cette politique d'affrontement menée par le Président actuel de la Corée du Sud a ravivé un climat de méfiance et de tension chez la population. De plus, en nommant à la tête du ministère de la Réunification un partisan de la ligne dure envers Pyongyang,  le Président Lee Myung-back suscite désormais l'inquiétude au Sud et la colère au Nord. Surtout depuis que l'intéressé avait eu le culot de proposer la suppression en janvier 2008, du ministère de la Réunification ! Mais face aux réactions indignées de l'opinion publique, l'idée avait finalement été abandonnée...

Le message est donc clair, vous Nord-Coréens brutalisés par un dictateur fou et ravagés par les famines, enviez notre Corée du Sud, le pays où la vie est belle, où les Coréens travaillent non-stop pour faire marcher leur économie resplendissante et être compétitif sur le plan international ! Mais quand on sait que parmi les États industrialisés membres de l’OCDE, la Corée du Sud est le pays où le taux de suicides (18,7 femmes sur 100 000 et 33,4 hommes sur 100 000 en 2008) est le plus élevé (le suicide est la première cause de décès entre 20 et 40 ans!), on est en droit de se demander qui doit donner des leçons à qui... Pour vous donner une idée, entre 2006 et 2010, une personne a tenté de se suicider presque une fois tous les deux jours en se jetant d’un des multiples ponts traversant la rivière Han (24 en tout), au cœur de Séoul, soit une moyenne de 178 suicides par an dans la capitale. Et là, on ne parle bien que des suicides sur les ponts, et non des autres moyens de suicide … 

Les raisons ? La Corée du Sud l'a confirmé en 2010 en organisant le G20 à Séoul : elle compte parmi les grandes puissances mondiales, symbole du dynamisme économique et du progrès technologique. Mais à quel prix ? En effet, la réussite sociale et donc scolaire est devenue une véritable obsession ! Pour réussir leur examen d'entrée à l'université, les lycéens suivent des cours du soir dans des instituts privés qui coûtent une fortune aux familles qui n'hésitent pas à s'endetter et dorment en moyenne 4 à 5 heures par nuit, ce qui ne laissent aucun temps libre pour la famille ou les loisirs. En fonction de leurs résultats, les étudiants seront placés dans une université plus ou moins réputée. Un facteur déterminant pour la réussite professionnelle et sociale ! Mais cette éducation hors de prix est non seulement discriminante, mais elle explique aussi le taux de natalité extrêmement faible. Quant à l'enfance sacrifiée, elle se traduit par un taux de suicide record chez les jeunes...

Ah... qu'il fait bon de vivre en Corée du Sud !